Pour un développement informatique durable 
Maitriser la qualité et les coûts grâce à la méthodologie? C'est ce que propose Félix Guillemot (voir son profil), consultant freelance Delphi et auteur du livre « Le développement informatique durable », paru aux Editions Hermes Science – Lavoisier (Voir)
L’introduction de votre livre est un coup de poing en réaction au monde de l’informatique. Quel est votre constat?
Lorsque l’on travaille dans les grands comptes notamment, on est témoin du grand n’importe quoi tous les jours: gâchis des budgets et systèmes d’informations échafaudés sur des bases floues avec, en trame de fond, un manque de considération pour les véritables maitres d'œuvre du SI, particulièrement les développeurs.
Ainsi beaucoup de commerciaux «vendent» des compétences dont ils ne connaissent pas le métier et l’acheteur, quant à lui, pense que le développeur est une petite main - pour penser cela, il a des grilles -...
et que tant qu’à embaucher des ouvriers de l’informatique, autant les payer le moins cher possible!
Avec quelles conséquences?
En forçant les SSII à se plier à des tarifs de plus en plus bas, celles-ci fournissent des recrues non qualifiées, qui feront un travail médiocre, CQFD : le développeur est une petite main qui fait ce qu’elle peut. Le serpent qui se mord la queue, et croque les budgets au passage...
Le problème de ce raisonnement est que c’est justement le développeur qui construit le système d’information sur lequel repose l’entreprise. Et si les parpaings sont mal posés, la maison s’écroule, architecte ou pas.
Ainsi, les strates de codes s’empilent avec les générations de prestataires improbables et au final, il faudra tout refaire, ou mettre indéfiniment des rustines, peut-être même en accusant la technologie utilisée pour en implanter une autre…
Or n’importe quelle technologie mise entre les mains de gens dont ce n’est pas le métier est décevante, il va falloir en prendre conscience.
Quelles sont pour vous les bases d'une informatique durable?
Il faut d'abord revaloriser le métier de développeur et revenir à la notion de qualité et de savoir-faire.
Prenons l'exemple du bâtiment: il y a le mauvais plombier qui revient quinze fois pour réparer une fuite et le compagnon. Dans l'informatique, des compagnons, il y en a plein, mais il va falloir remettre les pendules à l'heure: 10 jours à 350€, c’est plus cher que 3 à 600€…
Le jour également où les grands comptes (grande banques etc) arrêteront de dire qu’elles ne sont pas « structurées » pour travailler avec un indépendant, les économies seront substantielles.
Pour revenir au savoir-faire, il faut revoir la façon de travailler en profondeur : beaucoup de développeurs manquent simplement de méthode. Il faut revenir au cœur du développement qui est le cœur du système d’information et former nos ressources, en les aidant à exploiter leur potentiel et à progresser dans l’entreprise. Pour cela, je propose dans mon livre une série de méthodes qui constituent un socle pédagogique.
Pour vous la méthodologie est essentielle?
Méthodologie est un mot qui fait ringard et donne des migraines.
La méthodologie que l’on connaît le plus, c’est la méthodologie de projet comme CMMI. Ce n’est pas cela dont il est question dans mon livre.
Je pense que tous les informaticiens ont un capital de connaissance (d’où qu’ils viennent) et de bon sens (« le bon sens est la chose la mieux partagée… »). Ce sont les ingrédients de départ, nécessaires mais non suffisants : la méthode est le chaînon manquant entre ce capital de matière grise de départ et la réussite finale.
L’esprit doit être guidé par la méthode pour être efficace et performant : comprendre ce mécanisme et le cultiver donne des résultats très surprenants. Le concept est ancestral : la vieille lampe à huile oubliée depuis des siècles renferme un génie…
Ainsi les informaticiens manqueraient cruellement de méthode?
A l'école, on vous demande de faire des rédactions, mais sans donner tous les outils qui vont avec pour éviter le syndrome de la page blanche, écrire de façon structurée, maîtriser les mots clés, etc.
Pour l’informatique, c’est pareil. 
Il se trouve que depuis 2000 environ, un nouveau type de développeur est arrivé sur le marché avec la pénurie d’informaticiens. Ainsi, on a vu des gens de tous horizons débarquer dans les équipes de développement. Ce ne sont pas de mauvais informaticiens, ils sont souvent audacieux et ouvrent des portes que d’autres ne verraient pas, ou n’oseraient pas ouvrir. Mais tout le monde est mélangé, il faut juste recadrer certaines choses.
Comme apprendre à « Diviser pour mieux debugger... »?
« Diviser pour mieux debugger » est un bon exemple, de plus, j’aime les jeux de mots !
On s’aperçoit que bien souvent, un problème ne peut être résolu en l’abordant dans son entièreté car trop complexe et qu’il suffit de le fragmenter, de le diviser en sous-parties pour résoudre ces petites parties séparément, et finalement l’ensemble.
Par exemple: on dit qu’il est difficile de trouver « une aiguille dans une botte de foin ». Si on aligne côte à côte tous les brins de paille qui constituent la botte de paille, on va forcément trouver l’aiguille…
Cette image peut sembler un peu simpliste mais la recherche par dichotomie fonctionne de cette façon : en divisant et en re-divisant jusqu’à trouver.
De même que certaines expressions algébriques ne peuvent être résolues d’un seul coup, il faut les résoudre en s’attaquant à chacune des expressions qui les composent.
Lorsque l’on creuse dans ce sens et que l’on cherche à savoir qui a adopté avant nous cette façon de faire, voilà sur quoi on tombe : "Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. » Descartes.
Finalement, il s'agit de prendre un peu de recul sur la seule technique...
Exactement. Il y a beaucoup d’autres concepts méthodologiques à observer : l’ordre dans lequel on fait les choses, le sens par la forme, l’écriture analytique, etc. Il y a même un chapitre sur la gestion du temps : le temps passe avec une vitesse relative à l’observation que l’on fait des points de repère temporels…
Je vous laisse découvrir le livre sans tout vous dévoiler.
Puisque ce livre est un message, à qui s'adresse-t-il ?
C’est un livre ambivalent qui s’adresse à deux catégories de lectorat.
Il est adressé aux responsables des services informatiques donneurs d’ordre, comme une solution qui leur est proposée pour un développement informatique durable et une maîtrise des coûts. Le développeur n’est pas l’ouvrier en bleu de travail de l’informatique, c’est une pièce maîtresse. Il faut prendre en considération les ressources qui programment nos systèmes d’information, les former à la méthode et être vigilant sur la qualité du recrutement, sortir de ce système dégoutant des « marchands de viande », arrêter d’acheter des prix !
Je tiens à préciser pour appuyer mes propos que le système est complètement différent en Angleterre par exemple, nous sommes en retard…
Mais aussi et surtout, ce livre s’adresse aux informaticiens qui veulent aller plus loin, en quête de performances et d’efficacité. Le savoir et le bon sens sont un capital - point de départ nécessaire- et la méthode est le fil d’Ariane qui conduit de ce point de départ à la réussite. Ce travail résulte de 25 ans de pratique de la programmation et propose une palette d’outils bien concrets et utilisables dans tous les domaines.
J’ai un profond respect pour les gens qui font ce métier, comme moi, et j’ai souhaité leur faire partager ce qui me semble être un atout majeur dans mon jeu. Même si au travers de ce livre, ils ne devaient apprendre qu’une seule chose, ce serait pour moi une grande satisfaction.
L’éditeur Hermès Sciences - Lavoisier a très rapidement accepté de vous publier, quelles étaient vos « garanties » ?
La collection « Informatique et Management » est dirigée par Nicolas Manson, ingénieur des lettres et des arts est professeur honoraire à l’école de Centrale, dont il a fondé et dirigé l'Ecole informatique pendant plus de 20ans. Il était autrefois N°2 IBM Monde…
Nous nous sommes tout de suite très bien entendus car il est non seulement un théoricien et un monstre de culture mais aussi un homme de terrain, une casquette que je partage en tant qu'informaticien indépendant: je vais de mission en mission, dans les grands comptes, les PME voire les TPE et je vois toute sorte de choses, rencontre des gens différents et des façons de faire très différentes. Ceci me permet au final d’avoir un regard réaliste sur le monde des informaticiens.
Je pense qu’au-delà du contenu intellectuel que M. Manson valide méticuleusement, c’est donc ce coté « vrai » qui lui a plu.
Photo@FGuillemot
Contacter Félix Guillemot >>
Plus d'infos sur le livre sur FLX.fr >>
Retrouver le livre sur Amazon.fr >>
Ou chez Lavoisier directement >>
- Marché Freelance: reprise attendue en 2010
- Optimisation fiscale: gérer votre indépendance
- Entretien avec le DSI fondateur de CIOClub
- La montée en puissance des freelances IT
- Informaticiens freelance, misez sur le Green IT!
- USI 2009 a pensé aux indépendants
- Pour un développement informatique durable
- Informaticien freelance et entrepreneur IT
- Recrutement web 2.0 pour les freelances IT
- Missions freelance en Suisse
- 2009: un marché freelance très tendu
- Mutualiser son réseau entre consultants indépendants: le GIE
- Informaticiens freelance, misez sur le Green IT!
- Informaticien freelance et entrepreneur IT
- La montée en puissance des freelances IT
- Développeurs freelance, SSII... tous a la Cantine!



